« Individualismes, communautés et destins communs, comment faire société ? »
Extrait du rapport d’étape : perspectives 2010
Congrès 2007 de la Ligue de l’enseignement.
…Or, si l’on veut relancer la bataille des idées, il faut faire le chemin de la quête des idées, de leurs origines de leurs productions.
Évidemment cela suppose de reprendre le travail de vulgarisation des sciences, de toutes les sciences et de rencontres entre les scientifiques et les citoyens afin d’éviter aussi bien la montée de l’irrationnel que l’absolutisme de l’expertise scientifique.
Cela exige également d’assurer la légitimité de la connaissance acquise par l’action et la pratique sociale. Comme le souligne très justement Jacques Rancière, «Il n’y a jamais eu besoin d’expliquer à un travailleur ce qu’était une plus value ou l’exploitation». L’enjeu c’est de mettre à distance, sans la renier, une condition, une identité pour penser et construire son émancipation. C’est de provoquer des croisements d’expertise: l’expertise scientifique et l’expertise sociale, toutes deux de les mettre à l’épreuve de la pratique sociale et culturelle, de la vie. Si nous voulons acquérir de la compétence collective plus élaborée et formuler nos propositions pour la société, pour faire société il faudra multiplier ces croisements de culture.
C’est notre manière, celle de l’éducation populaire, de traduire en démarche ce que soulignait Manuel Vasquez Montalban : «Toute personne capable d’avoir conscience de ce qu’elle est et de ce qu’elle fait et surtout du rôle qu’elle a dans les relations à autrui, possède une culture. Nul ne peut être exclu de ce royaume».
Pour faire société l’éducation populaire doit déployer toutes ses capacités dans les trois dimensions liées de sa démarche: permettre tout au long de sa vie à chacun :
- de comprendre le monde pour ne pas s’y laisser perdre,
- de s’insérer socialement et professionnellement,
- d’exercer sa citoyenneté.
Finalement il faut déplacer sur toute la durée d’une vie humaine, et dans les nouveaux territoires du local et du global avec leurs espaces intermédiaires, l’objectif que donnait Hannah Arendt à l’Éducation : «permettre aux jeunes d’entrer dans un monde commun».
Il faut que tout individu puisse toute sa vie entrer dans des mondes communs avec la capacité de les renouveler et de les améliorer.
Pour y parvenir, il est certainement nécessaire que l’éducation populaire permette, pour tous et chacun, et de chacun à tous, de faire l’expérience :
- de la réflexion,
- de la responsabilité,
- de la solidarité,
- de la diversité,
- de la décision,
- de la reconnaissance gratuite.
C’est une belle manière par l’action et la pensée toujours mêlées, de s’inscrire dans une histoire personnelle et commune, de sortir de destins figés. Surtout si cette expérience se déploie dans un cadre collectif et associatif, dans des lieux, des temps et des cadres qui ménagent la rencontre, la distance, l’empathie, l’attention à l’Autre, l’être et le faire comme alternative aux virtualités et aux supermarchés de l’avoir.
C’est une belle façon de remplir son obligation de citoyen par l’apprentissage continu de la vie, de la condition humaine, et du «principe de responsabilité» associé à celui de progrès humain.
Eric Favey
Secrétaire national
30 juin 2007
Les mots entre guillemets indiquent une adaptation du texte original pour s’ajuster à la spécificité de la réunion du 6 juin 2008.
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